classe CaLou

Tout n’est pas rose

Jeudi, journée épuisante. Rentrer vidée, craquer, se reposer et repartir.

Vendredi : même début de journée que la veille. Craquer de nouveau ou lâcher ? Décider en une fraction de seconde d’arrêter ma séance – tant pis pour les apprentissages – la sécurité et le bien-être avant tout, ranger le matériel, fermer la porte de communication des 2 classes, me poser dans un coin et observer mes élèves. Et là, petit moment magique : le calme est revenu, les enfants se sont apaisés.

C’est un magnifique projet dans lequel nous nous sommes embarquées. Mais tout n’est pas rose, loin de là.

Au fur et à mesure que les jours avancent, des problèmes émergent auxquels nous passons du temps à chercher des solutions. Cette semaine a vu du découragement, de la fatigue, mais aussi de la témérité, de la positivité, des prises de conscience.

De belles réussites : comme la lecture d’histoire en regroupement chacune dans sa classe, les échanges entre nous deux sur chacun des élèves : repérer les non francophones, les petits parleurs, les individualités de chacun ; et le toboggan avec l’apprentissage du « chacun son tour ». J’avais passé 2séances (1 avec chaque groupe classe) à expliquer l’utilisation du toboggan, puis chaque enfant a appris en respectant chacun son tour. Des outils ont été utiles comme la présentation de l’étiquette « chacun son tour » et du panneau sens interdit (avec scratch) quand le toboggan est fermé. Merci aussi à ma stagiaire pour son appui à ce moment-là.

Ce qui a été plus compliqué :

  • le bruit que génère 2 salles de classes ouvertes et le mouvement perpétuel. Impossible de faire un atelier autour du langage.
  • nos ATSEM qui se sont bien adaptées au projet, mais avec lesquelles nous devons débriefer pour une meilleure gestion des groupes classes.
  • la coordination de nos emplois du temps, la pratique différant parfois de la fiche théorique.
  • aller chercher les enfants pour faire un atelier. Même si nous avons mis nos trombinoscopes sur la porte communicante, cela prend du temps et certains enfants refusent de venir travailler avec l’autre maitresse, ou de sortir de leur espace classe pour aller dans l’autre
  • un espace comme la tente qui génère plus d’excitation que de repos.
  • et surtout la gestion de nos 10 enfants non francophones et de nos 3 enfants à profil particulier que nous découvrons au fur et à mesure que les semaines passent.

Nous pourrions arrêter ce projet (j’avoue que j’y ai pensé, mais le bonheur palpable des enfants et la foi de Loubna me convainquent de persister), nous cherchons plutôt des solutions pour le faire évoluer :

  • trop de bruit ? fermeture d’un espace ou de la porte quand c’est nécessaire.
  • trop d’agitation dans un espace ? évolution de celui-ci, cela signifie que les enfants sont passés à autre chose : la grande tente a été remplacée par une plus petite, ce qui a laissé de la place pour un coin dessin sur tapis à eau au sol.
  • souci d’emploi du temps ou atelier compliqué ? réflexion au changement de l’horaire de cet atelier (après-midi plutôt que matin) et aménagement d’espaces plus calmes à ce moment là.
  • les enfants qui refusent de venir dans l’autre classe ? travail à faire avec l’autre maitresse sur le temps d’accueil du matin, ou au lever de sieste
  • aller chercher les enfants pour un atelier ? l’organisation en groupe d’élèves pour une facilité de gestion (encore en réflexion)
  • les élèves à profil particulier ? comment dire, l’école inclusive est tout un débat. Evidemment aucun enseignant ne sera contre l’école inclusive, mais il devient trop facile (et épuisant) de faire porter aux enseignants de maternelle le repérage des enfants à profil particulier. Sachant qu’il faut presque un an avant d’obtenir de l’aide si les parents sont consentants, c’est toute une année qui devient compliquée tant pour les adultes que les enfants d’une classe. Quand on sait qu’en plus cette année-là est l’une des plus importantes de la scolarité de l’enfant : Bienvenue à l’école. Solution ? aucune, à part celles que nous connaissons tous : rencontrer les parents, entendre leurs réticences, rased, pmi, équipe éducative et patience, beaucoup de patience. Accepter d’arrêter une séance quand la situation n’est plus gérable. L’attention pour ces enfants est telle que parfois Loubna ou moi devons arrêter ou changer ce que nous avions prévu de mettre en place, pour ne faire que de la gestion de classe, pour que chaque élève se sente bien. Tant pis pour les apprentissages prévus, le bien-être des enfants avant tout.

Ce projet et ce niveau de classe sont très formateurs. J’ai eu la chance, et volonté, d’enseigner dans tous les niveaux de la PS au CP, de travailler en décloisonnement du CE1 au CM2. Ce que la PS m’apprend, c’est l’humilité, la gestion du groupe classe, lâcher mes résistances : ce qu’on peut exiger d’un enfant d’élémentaire, on ne le peut pas avec un enfant de 3 ans . Dans les classe plus grandes, l’enseignant peut être tenté d’insister pour finir sa séance, chez les petits, on n’a pas le choix que de lâcher quand c’est nécessaire. Tout enseignant devrait passer par cette classe là, ou venir faire un stage. D’un point de vue humain, c’est la classe la plus difficile, mais aussi l’une des plus passionnantes du système scolaire.

En lâchant ma séance, et observant mes élèves, j’ai pris conscience deux choses. Tout d’abord j’ai pu tester les travaux de Maria Montessori, repris par Céline Alvarez, sur l’importance de l’environnement. L’enfant réagit en fonction de celui-ci. L’environnement modèle l’enfant. S’il n’y a que des jeux, l’enfant va être attiré par le jeu et jouer. Un espace d’excitation va mener l’enfant à l’excitation, un espace d’apprentissage va mener l’enfant vers les apprentissages. L’enfant va vers ce qui lui est présenté et s’adapte en fonction. Comme s’il était un miroir de son environnement. Il est fascinant d’observer à quel point l’enfant est attiré par la présentation d’un nouvel apprentissage. Comme s’il avait l’impression d’être pris au sérieux, d’être grand. Il a besoin de le répéter pour se l’approprier, puis une fois acquis, de passer à autre chose. C’est en PS qu’on voit le mieux ce phénomène. L’âge où l’enfant absorbe tout. Mais aussi le besoin crucial pour nos enfants d’aujourd’hui de jouer : les écrans, les activités hors temps scolaires prennent la place qu’occupait le jeu. Il est donc important, en maternelle, de redonner cette place au jeu libre. Le jeu va socialiser l’enfant, lui apprendre la manipulation, développer la dextérité de ses mains, de ses doigts, et laisser libre cours à son imagination. L’environnement entre jeu et apprentissages, des temps pour les deux, des espaces pour les deux.

Cette semaine a été intense, épuisante mais aussi très constructive pour ma pratique de classe.

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